ACTUALITÉS JANVIER 2010

Le 5 janvier, le Président Ólafur Ragnar précipite donc dans la mare un énorme pavé : la loi votée dans la nuit du 30 au 31 décembre au cours d’une séance télévisée en direct et qui doit autoriser l’État islandais à donner sa garantie pour l’emprunt Icesave, ne sera pas ratifiée, ce qui du même coup impose de la soumettre à référendum.

Les familiers de ce site connaissent cette affaire qui occupe l’actualité depuis juin 2009. Quant aux nouveaux venus ils trouveront sur le site de l’Ambassade d’Islande (http://www.iceland.org/fr) en France deux textes en français qui résument aussi bien que possible les méandres de cette affaire.

Citons ici les principaux points de repère :

- le 14 novembre 2008, le gouvernement islandais est contraint par l’Union Européenne de s’engager à indemniser les 300000 clients de Icesave dans la limite de 20887€, conformément à la réglementation de l’Espace Économique Européen ; s’il ne signe pas, l’Islande ne pourra pas accéder aux prêts du FMI et des pays qui ont accepté de s’associer à lui,
- le 5 juin 2009, un accord est signé avec les gouvernements britanniques et néerlandais, aux termes duquel l’État islandais s’engage à apporter sa caution à un emprunt représentant 3.8 milliards d’euros, remboursable en 15 ans au taux de 5.5%. Les premiers remboursements n’interviendront que dans 7 ans,
- ce n’est que le 28 août que l’Alþingi, après 10 semaines de débats quasi ininterrompus, donne son accord. Celui-ci est conditionné par l’acceptation de limites de remboursements annuels afin que ceux-ci ne créent pas une charge venant contrarier la convalescence du pays. Cette loi est immédiatement ratifiée par le Président,
- mais les conditions de l’Alþingi ne sont acceptées que partiellement par les Britanniques et Néerlandais, ce qui contraint le gouvernement à revenir devant lui et faire voter une nouvelle loi d’extrême justesse, le 30 décembre,
- le texte est dès le lendemain proposé à la ratification du Président de la République ; mais ce n’est que le 5 janvier que celui-ci annonce sa décision. POUR LIRE LA SUITE, CLIQUER SUR "LIRE PLUS".

Simultanément l’association Indefence, qui s’est déjà illustrée par sa pétition « Icelanders are NOT terrorists » (85000 signatures), a lancé fin novembre une autre pétition demandant au Président de ne pas ratifier la loi. Elle est remise à ce dernier le 2 janvier avec 56089 signatures, et dépassera 60000 signatures quelques jours plus tard, soit un quart du corps électoral.

Qu'est-il arrivé ?

La question se subdivise en deux autres qui elles mêmes suscitent plus de questions que de réponses :

- pourquoi le Président a–t-il choisi d’aller contre un vote de l’Alþingi acquis de haute lutte par un gouvernement convaincu que la signature de l’accord, si coûteux et injuste soit-il, est un passage obligé vers la relance de l’économie islandaise ?
- pourquoi 60000 Islandais ont-ils choisi de ne pas tourner la page Icesave, alors que beaucoup se montrent agacés des palabres que cet accord a générées ?

Le Président explique son choix par un souci de « démocratie ». Le nombre de pétitionnaires aurait emporté sa décision alors même que le texte d’accord ratifié en septembre n’est pas fondamentalement différent de celui qu’il a repoussé.

Les motivations des pétitionnaires et de ceux qui les approuvent sont elles aussi ambiguës, allant du refus de payer quoi que ce soit au souhait d’un réaménagement de l’accord.

Sur l’impact économique de ce dernier les incertitudes restent grandes. Les estimations varient entre 1.5 milliards d’euros et 2.8 milliards et peuvent varier très sensiblement en fonction de l’évolutions de la monnaie.

Mais au delà de la question économique, on voit paraître dans les commentaires d’autres interrogations  :

- au nom de quoi devrions nous être écartés de choix engageant notre avenir et celui de nos enfants ?
- en quoi sommes nous concernés par les agissements à l’étranger de quelques banquiers sans scrupules ?
- n’avons nous pas déjà payé très cher ces agissements par une application inique de la loi « antiterroriste » en Grande Bretagne ?

Il est clair que les Islandais, KO debout voici un an, ont décidé de relever la tête et défier la « realpolitik »…

Les réactions en Islande :

Le gouvernement affirme dans un communiqué que « la décision du Président risque de ruiner le plan  de relance du gouvernement ». Son souci principal est la poursuite du programme du FMI, et les prêts qui l’accompagnent, c’est pourquoi il rappelle à plusieurs reprises son intention de respecter ses engagements internationaux et de poursuivre une politique qui commence à donner des résultats. Ces intentions sont rappelées tout au long du mois de janvier par tout le monde politique islandais, Président et gouvernement, majorité et opposition à l’unisson. Les gouvernements britannique et néerlandais recevront bien 20887€ par compte Icesave, mais il convient de revoir les modalités.

Majorité et opposition paraissent d’accord sur un autre point : éviter un référendum. En toile de fond est posée une question peu évoquée pendant ce mois de janvier mais qui inquiète l’opposition autant que la majorité : au cas probable d’un « non » au référendum, et donc d’un désaveu du gouvernement et de l’Alþingi, faudra-t-il provoquer de nouvelles élections ?  Manifestement l’opposition ne se sent pas prête ; et d’ailleurs gagnerait-elle ?  Les sondages montrent que malgré les critiques sur Icesave, les partis au pouvoir garderaient la majorité, avec un même nombre de députés pour chacun des deux partis.

Vers une renégociation ?

Gouvernement et opposition comprennent alors que la seule voie est une renégociation. De leur coté les parties britannique et néerlandaise se déclarent non hostiles à une reprise de contact sous réserve d’être assurées que le résultat de cette nouvelle négociation ne sera pas à nouveau remis en cause.

Et à l’étranger…

L’action de l’ensemble de la communauté islandaise se déploie vers les opinions publiques du monde entier pour les prendre à témoin de sa situation. De fait, les articles sont nombreux où il est conseillé aux Islandais de « ne pas payer » tant paraît inique l’attitude des Britanniques et des Hollandais…

Mais si la classe politique islandaise espère ainsi faire pression sur ses interlocuteurs, elle n’apprécie pas pour autant des conseils souvent approximatifs et politiquement intéressés venus de l’étranger car ils ont pour effet de désorienter plus encore une opinion qui va devoir choisir « entre la peste et le choléra », et ainsi contribuer plus encore à sa désunion. Or, par sa décision, le Président Ólafur Ragnar a ouvert une opportunité : ressouder la communauté islandaise pour que ce choix fait, et quelqu’il soit, elle puisse assumer ses responsabilités internationales dans des conditions qui seront les siennes. Puis tourner la page.

Mais le temps passe…  Le gouvernement doit organiser bon gré mal gré le référendum. La loi l’autorisant est votée dès le 8 janvier, mais sa date n’est connue que le 19 janvier. Ce sera le 6 mars !

La vie à coté de Icesave ?

Les principaux agrégats économiques :

Malgré ces turbulences, l’économie islandaise poursuit sa convalescence. Mais si les prévisions relativement optimistes dont nous avons fait état les mois passés restent inchangées, les incertitudes grandissent tant que les financements publics et privés ne sont pas assurés. C’est ce qui ressort du rapport trimestriel de la Banque Centrale, où elle annonce notamment une réduction du PNB de 3.4% en 2010, alors que sa prévision antérieure était –2.4%, et un chômage moyen de 9.5%.

Il n’empêche que la couronne reste sous évaluée ce qui facilite l’obtention d’un excédent commercial important pour l’ensemble de l’année 2009 :

- exportations : 497 milliards Ikr, dont 42% pour les produits de la pêche et 48.2% pour les produits industriels,
- importations : 410 milliards Ikr.

Et puis il y a ce miracle : en décembre les prix à la consommation ont diminué de 0.3% !  Ce qui met l’inflation à un rythme de 6.6%, jamais connu depuis janvier 2008. Effet des soldes semble-t-il... Chacun reconnaît que l’inflation est encore loin d’être maîtrisée.

Les projets économiques :

La relance de l’économie islandaise repose évidemment à la fois sur les produits de la pêche et ce qu’il est convenu d’appeler la « grande industrie » ; mais dès sa mise en place le gouvernement, notamment sa composante « Gauche Verte », a annoncé sa volonté d’une évolution vers d’autres activités, dans le double souci de diversification et de respect de l’environnement. Voici quelques exemples de concrétisation de cette volonté :

- le « data center » prévu à Keflavík, et dont la construction avait été un moment remise en cause du fait des questions sur son actionnariat a un financeur avec Wellcome Trust, la plus grande fondation caritative britannique. 100 personnes devraient y trouver un emploi,

- l’entreprise française Roullier est autorisée à rechercher des algues calcaires dans le Hrútafjörður,
- l’entreprise islandaise Sjávarorka obtient une autorisation de recherche pour l’installation d’une usine marémotrice dans le Breiðafjörður,
- la ville d’Akureyri signe un contrat avec Strokkur Energy pour la construction d’une usine qui produirait de la fibre de carbone,
- une usine « Carbon Recycling International » sera construite à Reykjanes, pour la fabrication du méthanol comme carburant pour les véhicules.

Terminons par deux informations qui illustrent la volonté des Islandais de montrer leur présence sur la scène internationale :

- une distinction : l’Islande est première de l’« environmental index » calculé tous les deux ans par les Universités de Columbia et Yale, avant la Suisse et le Costa-Rica, et avant la France (7ème). Pour Katrín Júliúsdóttir, Ministre de l’Industrie, ce succès est une incitation à aller plus loin encore !

- et surtout une manifestation de solidarité : l’Islande est le premier pays européen à intervenir en Haïti en envoyant une équipe spécialisée dans la recherche de personnes en cas de tremblement de terre ; la progression des sauveteurs est suivie presqu’en temps réel par les media islandais…

 

Et puisque la vie continue…

- 12.01 – le transporteur Guðmundur Tyrfingsson est le premier européen à importer un bus chinois,

- 14.01 – à l’occasion de son voyage officiel en Inde, Ólafur Ragnar Grimsson reçoit le Prix Nehru des mains de la Présidente Pratibha Patil. Össur Skarpheðinsson, qui devait l’accompagner, s’est finalement récusé au motif qu’il y avait suffisamment de personnes pour « porter les valises »,

- 26.01 – le Procureur Général est dessaisi de l’action engagée contre 9 personnes suspectées de violences lors des manifestations de décembre 2008 devant l’Alþingi : un des gardes blessés est la demi-sœur de sa femme,

- 27.01 – un ours blanc est tué par un fermier du Thistifjörður,

- 31.01 – l’Islande est médaille de bronze aux Championnats d’Europe de hand-ball masculin.

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