Les derniers mois ont vu les controverses se poursuivre autour des programmes de construction de nouvelles usines d'aluminium par des sociétés multinationales. Elles ont porté principalement sur deux projets :
1) En premier lieu, le projet de la société Nordural. Celle-ci entend construire, en plusieurs étapes, une importante unité (capacité de production prévue : 250 000 tonnes annuelles) à Helguvik, dans le Sud-Ouest de l'Île, zone sérieusement touchée par le sous-emploi depuis le départ des Américains de Keflavik.
La première tranche de travaux (capacité de 150 000 tonnes) pourrait être achevée courant 2010.
Les autorisations administratives réglementaires ne sont pas encore données (licence du Ministère de l'Industrie, et permis pour l'émission de gaz à effet de serre, etc.), mais les Commissions compétentes ont jusqu'ici approuvé les aménagements prévus par Nordural. Le respect des contraintes environnementales s'avère satisfaisant, selon les experts. La Ministre de l'Environnement Thorunn Sveinbjarnardottir elle-même -connue pour ses convictions écologistes affirmées- n'a pu, dans ces conditions, que s'incliner devant de tels satisfecits.
Selon ses partisans, le projet aurait l'avantage de "relancer" l'économie nationale, qui, depuis quelques mois, connaît un ralentissement -appelé à s'aggraver en 2009-, et est menacée d'une possible récession, avec une progression corrélative du chômage. Grâce aux exportations d'aluminium qu'il permettrait, il contribuerait également au rééquilibrage de la balance commerciale (et courante) du pays, nettement déficitaire. Il diversifierait enfin l'économie régionale qui, après la fermeture de la base US de Keflavik (2006), a enregistré une baisse sensible d'activité.
Le projet se heurte à l'opposition d'un certain nombre de défenseurs de l'environnement. L'opposition de gauche relaie bruyamment leurs protestations. Les autres formations politiques, en revanche, sont généralement sensibles aux conséquences économiques et sociales positives de l'unité envisagée.
L'"opinion publique" est divisée sur l'opportunité de nouvelles usines d'aluminium. La crainte d'une récession et du chômage peut, à l'avenir, la faire évoluer sur cette question.
Selon nos dernières informations, il semble probable que les derniers préalables au lancement du projet Nordural seront levés prochainement et que la mise en chantier de l'unité sera autorisée par le gouvernement avant la fin de 2008.
2) Le second projet ayant fait l'objet de débats animés concerne la construction éventuelle d'une fonderie d'aluminium près de Husavik par la firme Alcoa.
La multinationale Alcoa, qui a édifié entre 2004 et 2007 la grande usine d'aluminium de Reydafjördur (Est de l'Islande) -objet de fortes polémiques avec les environnementalistes-, suit un autre projet de fonderie, dans le Nord du pays. Elle envisage d'y édifier, dans les années à venir, une unité d'une capacité totale de 250 000 tonnes par an (extensible ultérieurement), à Bakki, près du port de Husavik.
Pour ses promoteurs, ce projet se justifie par de nombreux arguments. Comme le projet d'Helguvik, il favoriserait la relance de l'économie nationale "chahutée" depuis plus d'un an, le redressement d'échanges extérieurs fortement déséquilibrés ; et créerait des emplois. Il stimulerait en outre l'économie régionale, jusqu'ici tournée vers les pêcheries et l'élevage.
Enfin, -point sur lequel insistent ses défenseurs-, il n'entraînerait que fort peu de dommages à l'environnement, utilisant en partie de l'énergie géothermique.
Pour ces raisons, il recueille un assez large assentiment, tant au sein de la population de la région que dans la classe politique. Les élus Conservateurs lui sont acquis, et certains dirigeants sociaux-démocrates ne le voient pas d'un mauvais ¦il, sensibles à la limitation des risques encourus sur le plan de la protection de la nature.
Toutefois, aiguillonnée par les associations écologistes, et fidèle à ses positions de toujours, la Ministre de l'Environnement a décidé d'examiner de plus près le projet en cause. Elle a imposé, cet été, à l'Agence compétente de procéder rapidement à une étude complémentaire et "intégrée" d'"impact sur l'environnement" du programme lui-même, et des dispositions prévues pour l'approvisionnement en énergie de l'usine. Pour Thorunn, les Pouvoirs Publics, avant de donner un éventuel feu vert à une réalisation de cette importance, doivent avoir la vision la plus complète possible de ses effets sur l'environnement.
En tout état de cause, le projet Alcoa, s'il devait voir le jour, ne serait réalisable que bien après le projet Nordural de Helguvik, les préparatifs étant nettement moins avancés. La mise en chantier est loin d'être pour demainŠ Cela laisse du temps aux responsables politiques avant qu'ils aient à se prononcer définitivement sur l'affaire.